52 % !

Édito

Par Éric Vermeersch

52 % de citoyens souhaitent un pouvoir fort. Inutile d’être surpris. Quand on voit son niveau de vie descendre jour après jour à vitesse accrue et qu’on essuie les pannes de l’ascenseur social depuis deux générations, on a bien le droit de perdre confiance. Ils sont aujourd’hui mûrs pour tout envoyer promener : le bébé, l’eau du bain, la démocratie, la séparation des pouvoirs, les syndicats, la liberté de la presse, tout ce pourquoi nos aïeux et les leurs se sont pourtant battus avec fierté et conviction.

Un pouvoir fort ! Un leader populaire qui prend les choses en mains. Un sauveur du peuple issu du peuple. C’est dangereux, illusoire, simpliste, naïf, nous sommes d’accord. Et ambigu quand on lit qu’en même temps, ce sont les mêmes qui souhaitent des consultations populaires. Un pouvoir plus ou moins totalitaire qui consulterait la population ! Surréalisme à la belge sans doute. Sévère mise en garde des politiques sûrement. Un coup de semonce de plus devant leur incapacité à écouter et agir en conséquence, devant leur enfermement dans une logique standardisée du moindre coût, du mérite, du plus fort qui gagne toujours à la fin, du « traverse la rue et bouge-toi ». Comment faire confiance à des gens incapables de diminuer le prix du gaz en se cachant derrière le « ce n’est pas nous, c’est l’Europe » ! Et qui donne ce pouvoir à l’Europe ? Pourquoi soutenir ceux qui inventent un mécanisme permettant aux producteurs d’énergie de facturer au prix marginal le plus élevé pendant qu’ils plaident pour limiter les allocations de chômage dans le temps au nom d’un crédo ridicule et infirmé par toutes les études.

Noir, jaune, blues sur la démocratie. Ces mêmes 52 % perdraient également confiance dans l’associatif. Tout le monde dans le même sac. Nous serions, nous aussi, des élites incapables au mieux, corrompues au pire, des freins aux véritables réformes souhaitées.

C’est questionnant. Quand nos publics en insertion socioprofessionnelle se précarisent chaque année sans se forcer, finalement, à quoi sert l’insertion socioprofessionnelle ? Que peut-elle offrir aux naufragés du néolibéralisme ? Un emploi ? Parfois, le plus souvent possible. Mais n’y aurait-il que l’emploi ? Nous prenons dans ce numéro, le pouls de ce mariage étonnant entre l’insertion sociale et l’insertion professionnelle et plus particulièrement, nous nous penchons sur ce partenaire fragile, tantôt ignoré, tantôt snobé, tantôt raillé, qu’est le social. Mariage heureux, de raison, d’amour, d’argent ? Un peu tout cela à la fois, un mariage assez banal en somme, qu’il faut entretenir comme toujours et qui ne plaît forcément pas à tout le monde.
Au gré des pages de ce numéro, Myriam Vanderbrempt nous dit en quoi ce contrat de mariage est ambigu et, Belgique oblige, qu’il n’est pas tout à fait identique à Bruxelles et en Wallonie. Céline Nieuwenhuys nous rappelle ce qu’est le travail social, en quoi il est difficile, pourquoi il est le fils de l’analyse sociale. L’ASBL « Avanti » nous partage son expérience d’éducation permanente pour qu’intégration sociale rime avec transformation sociale. Quatre autres acteurs du secteur présentent leurs expériences et nous disent à quels points nos publics sont « dans la merde », n’ayons pas peur des mots. Maud Verjus nous raconte comment des stagiaires débarquent avec des valises vides pour repartir avec des valises bien pleines. Thomas Coutrot nous présente les mutations du travail, parce que dans ce couple plus tout jeune qu’est le socioprofessionnel, comment réserver une place au conjoint social pendant que l’autre conjoint brise tous les codes et prend bien des libertés. Muriel Williquet nous explique, par une grande enquête en Région wallonne et soutenue par cette dernière, en quoi passer dans un Cisp change quelque chose dans la vie. Plusieurs personnes, toutes stagiaires en CISP, témoignent de leur quotidien, de leurs espoirs, de leurs difficultés, de leur confiance retrouvée, de leurs choix pour le futur.

52 % ! Il faudrait faire gaffe Mesdames et Messieurs les politiques. On a du courage en CISP et dans le secteur associatif. On continue à écouter nos publics, à les rassurer et surtout à les respecter. On fait cela avec des bouts de ficèle parfois, sans tout votre respect plus souvent mais avec notre conviction toujours. Elle pourrait fort bien ne pas suffire quand ces 52 % vous balaieront vite fait. Il ne faudra pas pousser des cris d’orfraie, surtout pas les quelques-uns parmi vous qui rêvent d’entourlouper le monde une fois de plus et d’incarner ce bon sauveur du peuple que tant attendent ?

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