Introduction

Par Julien Charles, Brigitte Gloire

Tous nos combats, toutes nos missions doivent intégrer une évidence : notre « maison » brûle, les conditions d’habitabilité de la planète Terre sont menacées. Mais aucun de nos combats, aucune de nos missions ne peut, sous prétexte de l’urgence, ruser avec les principes de justice sociale et d’émancipation. Voilà le point de départ de ce numéro.

Notre planète est de plus en plus sous pression et ces dégradations se sont accélérées ces dernières décennies, parallèlement à la mondialisation de l’économie et à l’augmentation des flux de matières et d’énergies fossiles. La stabilité des grands écosystèmes vacille dangereusement et six des neuf limites planétaires ont déjà été franchies. Face à ces grands chambardements, comment ne pas faire de compromis avec l’horizon d’émancipation qui anime l’éducation permanente, le secteur socio-culturel et l’action associative en général? Cette question sera en quelques sortes le fil rouge de ce numéro que nous avons structuré autour de différentes « portes d’entrée ».

Pour commencer et contextualiser cet enjeu, un premier article nous rappelle que le système économique capitaliste est la source principale des problèmes écologiques auxquels nous sommes confrontés. Il pose d’emblée les choses comme elles sont : « Le fait est que sans reprise en main collective de l’économie pour la mettre au service d’autre chose que l’accumulation de profit par et pour une minorité, il n’y aura pas de solution à la hauteur de la catastrophe écologique ». Une approche critique et une réappropriation collective des espaces (publics, de travail, de loisir…) est nécessaire.

« Ouf ! » pourrait-on penser : nous, acteurs socio-culturels, ne sommes pas responsables du trou dans la couche d’ozone et pouvons donc continuer nos actions. C’est vrai mais aussi doublement faux. Vrai parce que nos activités ne sont pas les plus impactantes. Mais faux parce que, pour reprendre le titre d’un rapport discuté dans le deuxième article de ce dossier, il est possible et nécessaire de « Décarbonner la culture » et des pistes pour avancer dans ce sens existent. Mais cela ne nous exonère pas d’une seconde réflexion, sur le contenu de nos productions : comment les leviers dont nous disposons pour informer, émanciper et faire dialoguer les citoyens doivent-ils, eux aussi, être mis au service de la décarbonation, de la dépollution et de la lutte contre le capitalisme fossile ?

Dans ce débat, la question de la liberté revient sans cesse. Est-on libre de polluer ? Notre liberté de mouvement peut-elle être limitée pour préserver la planète ? Deux interviews traitent ces enjeux de front, à l’aune aussi de la crise sociale suscitée par la manière dont l’Etat a géré les confinements et campagnes de vaccination contre le Covid. Les deux interviewées rappellent comment nos libertés dépendent de conditions pour être exercées : aujourd’hui être propriétaire, et demain ?

Parmi les divers acteurs qui se saisissent de ces enjeux à bras le corps, les centres culturels constituent un espace important. Nous n’aurons pas la place nécessaire pour identifier toutes les actions mises en œuvre mais nous prenons le temps, dans un cinquième article, d’identifier comment l’analyse partagée du territoire a constitué un ressort utile à la prise en charge des questions écologiques. Une sixième contribution traite du nécessaire changement d’échelle et des alliances à construire à l’aune des défis environnementaux. Les initiatives existent, se renforcent et engrangent des succès qui donnent de l’espoir. Ces dynamiques positives semblent tenir à la possibilité de faire place à une pluralité de modes d’actions, y compris à travers des formes d’action plus violentes qui ne peuvent, de toute évidence, être portées par des structures largement subsidiées par l’Etat.

La septième et dernière contribution se déploie sous la forme originale de « quatre dialogues sur l’écologique populaire ». Elle ne peut être introduite ici sans la trahir. Tout ce que nous nous contentons de faire ici sera alors de vous inviter à vous laisser emporter par les échos et résonnances entre ces quatre dialogues, les six autres textes et les témoignages interpellant qui émaillent ce numéro. Ces réflexions, portées par des participants issus de milieux populaires nous rappellent que les effets des dérèglements climatiques ne sont pas seulement à venir mais déjà bel et bien perceptibles. Ici aussi la responsabilité du système de production et de consommation capitaliste est clairement identifiée. Bonne lecture !

Gravure de texte : Les hommes vont disparaitre dite le cheval, qui va me nourrir ? Qu'ils crèvent ! dit le poulet. À table ! chantent les mouches. Signé Timotéo

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