Témoignages
Échanges
Recueillis par Nathalie Damman
Il y a une conscience qui s’installe, mais parfois, c’est une conscience qui est partielle. On va réparer un grille pain, et en même temps, on télécharge des séries à tour de bras et on ne se rend pas compte que ça consomme énormément de ressources aussi.
Il y a des gens qui n’ont rien à réparer mais qui viennent au Repair Café juste pour sortir de chez eux, manger un morceau de tarte. On répare autre chose que des objets ici… On répare aussi la solitude. Je suis bénévole au Repair Café un peu pour des raisons éco-responsables, un peu pour aider les autres et un peu pour remplir des périodes qui sont plus solitaires. La petite dame, là, elle vient régulièrement, elle est un peu devenue ma mamy…
On dépense, on consomme, on pollue. On veut plus et plus vite. On veut plus d’argent, plus de production, plus de productivité. Il y a un moment où l’élastique va casser ; il y a déjà de plus en plus de burn-out, de stress, et de dépression. On a des choses à changer dans notre rapport au temps, notamment dans le domaine du travail. On pourrait décélérer…
Il y a tellement de choses à réparer, mais un début serait de donner des chances à tous dans l’enseignement. Faire des économies sur l’enseignement, c’est la porte ouverte aux inégalités. Éduquer, c’est permettre des prises de conscience par rapport à plein d’autres choses. C’est la base, pour une société plus juste.
C’est important de respecter les objets, mais aussi les ressources, les gens, les animaux, la nature, l’environnement, les gens qui nous entourent… de la même manière. Prendre soin, moins casser, moins avoir à réparer… Au début du Repair Café, une dame dégonflait les pneus de son vélo ou un truc comme ça pour avoir l’excuse de venir… Quand on a expliqué qu’il ne fallait pas obligatoirement avoir quelque chose à réparer pour pouvoir venir boire un café et papoter ici, on n’a plus eu de fausses réparations.
Dans la formation de valoriste, on apprend à faire des choses de nos mains, à faire des choses qu’on ne faisait pas du tout avant et à se réinsérer dans la société… Ici, on ne valorise pas que les déchets, on valorise l’humain aussi. On retrouve confiance en soi. Je suis fière de ce que je fais ici !
On est dans une société où tout le monde veut le meilleur iPhone, la meilleure voiture, le meilleur truc… Tu ne peux pas dire stop, arrêtez tout, maintenant on garde un téléphone dix ans. Il faudrait sensibiliser les gens à un niveau international.
L’impression 3D, ça va permettre de réparer des appareils qu’on a tendance à jeter simplement parce qu’il manque une petite pièce. Ce serait bien de réparer le lien entre les gens, de s’entraider, d’échanger nos savoir-faire : l’un sait changer un pneu, l’autre sait coudre… On pourrait se grouper aussi, pour acheter l’électricité en groupe par exemple. C’est frustrant de ne pas pouvoir récupérer ce que les gens jettent au parc à conteneurs, qui est encore en bon état et que l’on pourrait revaloriser pour en faire des meubles ou d’autres objets. J’ai suivi une formation en soudure pour être bénévole au Repair Café. Pour la transmission du geste, c’est gagné! Nous sommes tous capables de nous perfectionner seuls à présent. Je n’ai plus peur de me trouver seul avec mon fer à souder devant un circuit imprimé !
À la base, si on avait plus de respect pour les ressources, on serait déjà beaucoup moins mal mis qu’on est aujourd’hui. Ça me met hors de moi quand je vois un panneau « l’eau interdite au gaspillage », comme si le reste était autorisé de gaspillage. On ne peut rien gaspiller. Une ressource, c’est une ressource.
On est face à une mécanique diabolique qui consiste à optimiser les moyens de production pour que la fabrication d’un objet coûte le moins possible. On parle d’obsolescence programmée, mais selon moi, elle n’est pas programmée. C’est un accident, parce qu’on arrive à fabriquer des objets qui coûtent 50 euros alors qu’avant, ça en coûtait 200 ou 300. Mais c’est au détriment de la réparabilité, et ça, c’est réellement un problème. Le pouvoir d’achat des gens a diminué donc on fait à la petite semaine et on cherche à acheter toujours moins cher.
Il va falloir réduire la voilure, faire différemment, parce qu’il n’y aura plus assez de ressources. Des initiatives comme le Repair Café montrent qu’on commence à faire autrement : au lieu de jeter, on répare, mais c’est très marginal. À un moment donné, il faut y aller plus fort. Aller à la source, au niveau de la production, avec une interdiction de produire un appareil qui n’est pas démontable, réparable…
Dans « Repair Café », il y a le mot « café ». Les gens se retrouvent, ils parlent d’eux-mêmes, de leurs problèmes. C’est un endroit de rencontre pour les gens qui sont dans le même bateau, et qui sont parfois très seuls aussi.
Je viens au Repair Café faire réparer ma machine à pain pour la donner ensuite.
D’un côté, je me dis qu’il n’y a pas de solution sans écologie et sans un comportement responsable au niveau du recyclage et de l’épargne des ressources de notre planète ; d’un autre côté, je me dis « à quoi ça sert si dans d’autres régions de la Terre, on dépense de façon éhontée les ressources de la planète ? » On veut les meilleurs prix, donc des coûts de production bas, et en même temps, on voudrait que les gens aient de bonnes conditions de travail… C’est schizophrène…
Il y a peut-être tout doucement une prise de conscience qui se met en route et les gens arrêtent de jeter dans tous les sens. On voit que les gens se mettent de plus en plus à recycler, à réparer ou à acheter du second de main, plutôt que de rentrer dans la tendance globale de la consommation effrénée.
Les Repair Cafés ne vont pas changer le système de surconsommation, mais ils permettent d’expliquer aux gens qu’on peut prolonger des appareils, pas uniquement pour l’environnement, mais aussi pour leur portefeuille, parce que chaque fois qu’on jette, il faut racheter, et chaque fois qu’on rachète, il faut refabriquer en Chine ou ailleurs, réemballer, réenvoyer, retransporter avec des cargos qui polluent.