L’année Peppol, la pression continue sur l’associatif
Intro
Jean-Luc Manise, directeur de la Transformation Digitale et de la Communication au CESEP, Journaliste indépendant
Début de l’année prochaine, la facturation électronique sera obligatoire pour toutes les associations. On en parle peu, mais cette nouvelle balise confirme une mutation profonde des relations entre l’administration et les associations. Elle s’intègre dans un long trajet européen en faveur de la digitalisation de l’administration : de la lutte antifraude début 2010 à la volonté de professionnaliser les PME avec une vision techno-solutionniste en passant par le credo du digital par défaut. Le programme NexGen a ainsi a été le creuset d’une délégation des développements et du financement de la digitalisation des rapports entre l’administration et le citoyen à des sociétés privées de consultance et aux Big Techs. Le résultat ? Un défaut d’expertise intra-muros et l’installation d’applications et d’algorithmes pensés par des sociétés privées pour des sociétés privées. Et un manque flagrant d’autonomie et de maîtrise par les fonctionnaires relégués au rôle d’exécutants.
Comprendre les impacts de cette profonde mutation des relations entre les usagers et l’administration est le point d’entrée de ce numéro. Il s’agit d’en prendre la mesure et voir comme le secteur associatif peut agir et réagir face aux tendances fortes du moment : l’espoir ou la conviction que l’IA est la solution à tout, la dépendance des services publics aux structures big tech, leur privatisation, le postulat que tout le monde a un smartphone et sait s’en servir, le report de la responsabilité d’accès aux services essentiels sur la personne, la charge de l’intégration et de la formation reportés sur les structures associatives et les travailleurs sociaux. Quelle position face à un écran dont dépendent de plus en plus nos vies administratives et institutionnelles et qui puisent ses sources et ses données un peu où ne sait où ? Le propos de ce dossier est de donner des éclairages sur cette réalité par des initiatives et des postures concrètes.
Nous considérons que l’administration est avant tout une pratique humaine et pas juste une source d’inefficacité. Nous faisons partie des associations qui développent une expertise sur un numérique prenant en compte nos vies collectives et institutionnelles, qui réfléchissent, développent, expérimentent et partagent des pratiques expérimentales afin d’élargir l’imaginaire sur l’administration. C’est tout le sens de ce numéro.